Kintsugi simplifié et kintsugi traditionnel : ce que la différence révèle

Il existe deux façons de pratiquer le kintsugi. La première fait appel à des résines époxy et des adhésifs synthétiques. La seconde utilise l'urushi, une laque naturelle extraite de l'arbre du même nom. Les deux produisent un objet réparé dont les fractures sont soulignées par des lignes d'or. Mais les matériaux, le processus et la relation que l'on finit par entretenir avec l'objet sont entièrement différents.

Il ne s'agit pas de savoir laquelle des deux approches est juste. Comprendre cette distinction, cependant, permet de mieux saisir ce qu'est réellement le kintsugi, et ce qu'il exige de celui qui le pratique.

Qu'est-ce que le kintsugi simplifié ?

Le kintsugi simplifié utilise une résine époxy ou un adhésif synthétique pour assembler les fragments brisés, puis finit les jointures avec de la peinture ou de la poudre dorée. Les matériaux sont disponibles partout et le processus peut être mené à bien en quelques heures ou quelques jours, plutôt qu'en semaines. Pour quiconque s'intéresse au kintsugi ou souhaite essayer la technique pour la première fois, c'est un point de départ raisonnable.

Le résultat visuel se rapproche du kintsugi traditionnel. Les lignes dorées sont là. La fracture est visible et rendue belle. Pour une pièce destinée à l'exposition, le kintsugi simplifié est tout à fait adéquat.

Ses limites sont d'ordre pratique. Les matériaux synthétiques sont sensibles à la chaleur, ce qui exclut le lave-vaisselle et le micro-ondes. Avec le temps, l'adhésif peut jaunir ou se décoller. Une pièce réparée avec des matériaux synthétiques est généralement mieux comprise comme décorative plutôt que fonctionnelle. C'est le kintsugi dans son aspect esthétique, sans l'engagement total envers l'usage continu qu'implique la technique traditionnelle.

Qu'est-ce que le kintsugi traditionnel ?

Le kintsugi traditionnel utilise de la véritable laque urushi à chaque étape : pour assembler les fragments, pour combler les sections manquantes, et pour préparer la surface avant l'application de l'or ou de l'argent. L'urushi ne sèche pas par évaporation. Elle se solidifie par réaction chimique avec l'humidité ambiante, ce qui signifie que le processus exige une température et une hygrométrie contrôlées tout au long du travail, et ne peut pas être accéléré.

Une pièce réparée au kintsugi traditionnel peut de nouveau être utilisée comme vaisselle. La laque urushi possède des propriétés antibactériennes naturelles et, une fois correctement durcie, est sans danger pour un usage quotidien prolongé. Elle est relativement résistante à la chaleur et, avec soin, peut durer des décennies.

Le processus demande au minimum plusieurs semaines et peut s'étendre sur plusieurs mois pour des réparations complexes. Chaque couche de laque doit être entièrement durcie avant que l'étape suivante puisse commencer. Le travail n'est pas difficile à comprendre, mais il ne peut pas être accéléré. La laque prend à son rythme, et l'artisan s'y soumet.

Ce que la différence de matériaux signifie

L'écart entre kintsugi simplifié et kintsugi traditionnel ne tient pas seulement à la durabilité ou à la fonctionnalité. Il tient aussi à la nature de la relation qui se forme entre l'objet et la personne qui le répare.

Le kintsugi simplifié répare un objet rapidement. Le résultat est visuellement proche de la technique traditionnelle et, pour une pièce destinée à l'exposition, cela peut suffire.

Le kintsugi traditionnel vous oblige à passer des semaines, parfois des mois, en compagnie d'un objet brisé. Vous attendez que chaque couche durcisse. Vous revenez à la pièce encore et encore. Au terme du travail, vous avez partagé un temps considérable avec elle. L'objet n'est plus simplement quelque chose que vous possédiez et avez ensuite réparé. Il est devenu quelque chose avec lequel vous avez travaillé.

Si l'idée centrale du kintsugi est que les dommages peuvent devenir une partie de la valeur d'un objet plutôt qu'une raison de le jeter, le kintsugi traditionnel met cette idée en acte à travers ses matériaux et son processus, et pas seulement à travers son apparence. L'urushi est une matière qui demande du temps pour se former, du temps pour être récoltée, et du temps pour durcir. Le processus reflète la philosophie.

Le sens du temps

La plupart des réparations et fabrications contemporaines sont organisées autour de la vitesse. Le kintsugi simplifié s'inscrit dans cette logique. Il offre l'apparence du kintsugi sans l'engagement dans la durée.

Le kintsugi traditionnel est singulier en ce qu'il ne cherche pas à contourner sa lenteur. La laque durcit à un rythme fixe. Les étapes ne peuvent pas être sautées. Le processus n'est pas lent parce que la technique est ancienne. Il est lent parce que le matériau l'exige, et le matériau n'est pas négociable.

Choisir de réparer quelque chose rapidement ou de prendre le temps qu'il faut est aussi, silencieusement, une question sur le type de relation que l'on veut entretenir avec les objets de sa vie. Le kintsugi traditionnel répond à cette question avant même que vous ayez commencé.

Recevoir une pièce kintsugi

Tout le monde n'a pas vocation à réparer des objets soi-même. Mais il est possible de recevoir le fruit de ce processus : une pièce qu'un artisan a travaillée pendant des semaines ou des mois, rendue à un état utilisable grâce à la technique traditionnelle.

Une pièce kintsugi réparée à l'urushi porte en elle l'histoire complète de ce processus. Elle s'est brisée. Quelqu'un a choisi de la réparer plutôt que de la jeter. Le temps et le jugement investis dans la réparation sont visibles dans les lignes dorées qui courent sur sa surface. Ce n'est pas la même chose qu'une pièce qui a simplement l'air réparée.

FAQ

Quelle est la différence entre kintsugi simplifié et kintsugi traditionnel? 

Le kintsugi simplifié utilise des adhésifs synthétiques et est généralement destiné à l'exposition. Le kintsugi traditionnel utilise de la laque urushi à toutes les étapes et produit une pièce qui peut de nouveau servir de vaisselle. Le processus est plus lent, les matériaux plus exigeants, et la relation nouée avec l'objet pendant la réparation est fondamentalement différente.


Peut-on utiliser une pièce réparée au kintsugi traditionnel comme vaisselle?

Oui. La laque urushi possède des propriétés antibactériennes naturelles et est sans danger pour un usage quotidien lorsqu'elle est correctement durcie. Les pièces doivent être lavées à la main avec une éponge douce et tenues à l'écart du lave-vaisselle et du micro-ondes.


Combien de temps prend le kintsugi traditionnel? 

Au minimum plusieurs semaines, et les réparations complexes peuvent prendre plusieurs mois. Chaque couche de laque doit durcir sous hygrométrie contrôlée avant que l'étape suivante puisse commencer. Le processus ne peut pas être raccourci sans compromettre le résultat.


Le kintsugi simplifié se dégrade-t-il avec le temps? 

Oui. Les adhésifs synthétiques peuvent jaunir ou se décoller avec l'âge, en particulier sous l'effet de la chaleur ou d'un usage régulier. Pour une pièce décorative, cela peut ne pas avoir d'importance, mais le kintsugi simplifié ne convient pas à un usage fonctionnel quotidien.


Quel est le lien entre kintsugi et wabi-sabi?

Le wabi-sabi est la philosophie esthétique japonaise qui trouve la beauté dans l'imperfection et le passage du temps. Le kintsugi traditionnel incarne cette idée directement : la fracture est rendue visible en or, et le processus lent de réparation à l'urushi reflète la même acceptation du temps et de l'impermanence que décrit le wabi-sabi.


Pour aller plus loin sur les idées qui sous-tendent le kintsugi, nous avons écrit sur les deux concepts qui lui sont les plus étroitement liés.

Wabi-Sabi Explained: Why Imperfect Things Are Beautiful

What Is Kintsugi?

 

Back to blog

Leave a comment

Please note, comments need to be approved before they are published.